Hotel Colón

Les draps sont trempés et sa sueur a une odeur d’alcool à brûler. Une sensation profonde, humide et sombre dans le fond de la bouche et dans les sinus, le goût de pourriture d’un grand fleuve ou l’odeur d’une végétation trop luxuriante. La lumière passe à travers le store vénitien. Lire la suite

le passage des glaces

Il fit de plus en plus froid. J’étais comme malade et ne savais plus pourquoi j’étais sur ce bateau. Le capitaine ne disait rien de la destination, pourquoi nous allions ainsi vers le froid. J’avais comme un capuchon de brume sur la tête. Je lisais un gros livre, long et compliqué. J’avais du mal à en suivre l’intrigue. Le cuisinier me demandait combien de pages j’avais lu dans la journée et où j’en étais et il riait. Je revenais sans cesse en arrière, attention sans cesse distraite par la rêverie mais une rêverie qui ne décollait pas beaucoup du roman. Je partais sur une fausse piste, la suivais sur plusieurs dizaines de pages, jusqu’à ce que je sois tout à fait égaré. Dans une fièvre vague et toujours dans le fracas des machines. Si je montais sur le pont, c’était enveloppé dans deux grosses couvertures et même ainsi je grelottais, claquais des dents, j’étais transi. On vit d’abord quelques petits icebergs puis plus gros, de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Lire la suite

Embouchure

EAU BRUNE au goût de terre et de pourriture, feuilles et troncs d’arbres qui forment des îles flottantes où des oiseaux font leurs nids. Odeur de singe. Sur l’une d’elles particulièrement grande nous pûmes débarquer. Le sol de ce radeau nous portait et semblait solide sous nos pieds. Quelques petits arbres poussaient au milieu et l’un d’eux portait des fruits que nous goûtâmes et trouvâmes excellents. Nous vîmes quelques gros rats. Le courant emportait ces îles vers le large. Il est probable que la première tempête un peu forte les défera.

Inutile de dire la longue navigation entre les rives vertes. Maison sur pilotis au bord du fleuve.