Tundla junction (6/6), épilogue

A 22:30, ma jeune protégée nous laisse pour aller tâcher de prendre le Brahmaputra Mail. Lire la suite

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Tundla junction (5/6), « Are you chinese ? »

Ce fut à ce moment-là, au moment où je commençais de noter ce qu’avait été la journée qui se finissait, que, pendant que les Japonais continuaient leur conversation, le vieil Indien se pencha vers moi et me demanda: « Are you chinese? ». Je le regardai interloqué puis en riant lui répondit: « No, I am not chinese… et neither are they, they’re japanese! ». Le vieil homme ne répondit pas à mon sourire et considéra avec l’attention indiscrète dont sont habituellement capables les Indiens. Mes éphémères compagnons, qui s’étaient arrêtés de parler et le regardaient à leur tour.

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Tundla junction (4/6), salle d’attente

J’ai plusieurs fois jeté un coup d’œil vers l’arrière où était la jeune fille japonaise. Elle était assise toute droite au milieu d’une banquette. Nous sommes nous rapprochés à la descente du bus? Avons-nous pénétré ensemble dans la gare? Les bâtiments principaux étaient de l’autre côté des voies que des passerelles métalliques enjambaient. L’ai-je aidée en portant son sac ou n’était-ce que le mien qui pesait sur mes épaules?

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Tundla junction (3/6), des militaires

Mon protecteur m’a fait asseoir à côté de lui sur la banquette longitudinale à l’avant de l’autobus. En causant avec lui pendant le trajet j’apprend qu’il est militaire, comme ses deux compagnons, plus jeunes, qu’ils font partie de la BSP (Border Security Patrol) et qu’ils reviennent du Cachemire. Je lui demanderais volontiers des nouvelles de la frontière et de l’état des choses au Cachemire mais à la manière élusive dont il répond à une question anodine je crois comprendre qu’il est tenu à la discrétion et puis j’ai déjà assez senti d’hostilité à mon allure musulmane pour éviter de donner prise au soupçon.

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Tundla junction (2/6), Vijli Bus Stand (suite)

Je suis revenu avec le numéro du quai d’où devrait partir le bus pour Tundla. J’avais été aidé par un homme d’une trentaine d’années qui parlait anglais et qui allait lui aussi à Tundla avec deux compagnons plus jeunes.

J’ai repris mon sac et nous sommes allés ensemble, elle et moi, jusqu’au quai. Lire la suite

Tundla junction (1/6), une jeune japonaise

Tundla junction – 15 mars 1996

Le cyclo-pousse avait voulu que nous repassions par l’échoppe de son « boss ». Il m’avait raconté une histoire un peu compliquée, comme souvent ici, mais je soupçonnais qu’il venait toucher sa commission (la veille, j’avais acheté là des bijoux en argent, deux bracelets de cheville et une bague). J’étais irrité mais j’ai fait contre mauvaise fortune bon coeur. Je suis resté assis dans le ricksha avec mon sac Adidas entre les pieds. Il était six heures et quart et mon train partait de Tundla vers minuit.

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Les quais, sauf aux premières heures du jour…

Les quais, sauf aux premières heures du jour, restaient dans l’ombre. Et tout au long de la journée la rive d’en face était baignée de soleil.

L’autre côté est plat, sans constructions ou quelques huttes de cannes. Toutes sortes d’oiseaux limicoles fréquentent les herbes, les joncs et les nénuphars flottants qui bordent la rivière.

Aux premières heures du jour seulement, la lumière très oblique du soleil éclaire cette partie de la ville qui regarde le fleuve, les façades des hauts palais qui dominent le fleuve. Un homme me dit: « Je t’ai vu à Bahawalpur, il y a plusieurs années, et tu étais parmi les musulmans! »

Une voix répond: « Non, je ne sais pas de quoi tu parles. Je n’ai jamais été à Bahawalpur et je suis ici pour rencontrer celui qui, sur le talus de la rivière, joue de la flûte, pour charmer les vachères. »

Mais l’homme: « Je t’ai vu à Bahawalpur parmi les porteurs de barbe, parmi les hommes aux longues robes et tu remuais les mains. Les hommes autour de toi hochaient la tête et souriaient de plaisir. »

Pourtant à Bahawalpur je quittais rarement la chambre et, lorsqu’il m’arrivais de sortir du petit appartement pour marcher un peu sous le soleil, je ne parlais à personne.

La pluie va tomber, les feuilles des quelques bosquets qui restent au bord du fleuve vont briller comme couvertes de salive mais le vacher à la peau bleue restera invisible.

Nemo à Mathura

(Nemo m’accompagnait, il m’a accompagné pendant tout ce trajet. Il m’a accompagné secrètement, caché de moi. Ce n’est qu’aujourd’hui, une fois rentré à Nice, à Nice que le gris du ciel, la petite pluie fine, rend plus européenne encore, ce n’est qu’aujourd’hui que je l’entrevois, que je le remarque, comme une ombre, un double, un décalage de moi-même. Un fantôme, une présence plus qu’une forme.

Il attendait la fin de l’après-midi, lorsque la chaleur fléchissait, pour aller se promener sur les quais.) Lire la suite

terrasse à Udaipur

Sur la terrasse d’un hôtel et le palais brillait dans le lointain et semblait dans la nuit une gigantesque pièce de joaillerie. Soni au milieu de ses garçons, ils mélangeaient du gin et du Thumb’s up. Ils se passaient la cigarette blonde à bout filtre que l’un d’eux avait allumée. J’étais là, moi, au milieu, je mangeais lorsqu’ils ne faisaient que picorer et je buvais de la bière. Et je les regardais, hébété et ignorant, voyageur, fatigué aussi et détaché.

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