fracas des merles

Au point du jour lorsque le monde est bleu
sous le fracas des merles à gauche à droite ici
au fond de la vallée déjà là-bas
en bas les moteurs grondent et se hâtent
si tôt vers le travail

phares allumés dans le
petit jour comme ruisseaux
vers le fond
de la vallée convergent

Squares de Paris

Dans les squares de Paris, je détournais les yeux de ma lecture pour observer les manœuvres des pigeons: les dandinements obstinés des mâles, les évitements gracieux et exaspérés des pigeonnes. C’était un petit bonheur et peu importait qu’il fût petit.

demeures divines

Nous sortions du café sur la place du village de Berre. Le soleil, qui éclaire encore le village lorsque toute la vallée est recouverte d’ombre, le soleil ce soir était d’hiver et ne chauffait pas.

Le soleil qui à notre arrivée éclairait encore les façades au bord du village, à ce moment avait disparu derrière la chaîne du Férion.

A notre droite, vers le nord, au-dessus du panorama bruni par l’étalement de la nuit, les vallées, les croupes, les crêtes, les baux, noirs les morceaux des forêts, les premières éminences, les cols, tout ce monde des premiers mouvements des Alpes, déjà gagnés par la nuit sous un ciel épuisé à travers quoi poussaient déjà quelques étoiles, nous avons vu, au-dessus de la nuit, dans une lumière rose et mauve qui y semblait chez elle, éternellement, les neiges du Mercantour. Les demeures divines…

Les demeures divines au-dessus des champs de pierre.

A quoi j’ai souvent pensé pendant nos marches en montagne: au-dessus des forêts qui sont, avec leurs mousses, leurs cascades, leurs odeurs et leurs ombres, l’image de la vie mondaine de la chair, des plaisirs et des égarements, les pâturages arides qui représentent le premier temps de l’ascèse, la purification, pénible parce que le corps n’a pas encore trouvé le deuxième souffle, puis les lacs et au-dessus des lacs le paysage minéral, les champs de pierre, les paysages lunaires où la terre a quitté son vêtement de vie pour prendre la semblance de ses consœurs planètes, on est alors au-plus près du ciel, les étoiles brillent comme des diamants et l’espace entre elles est de la plus pure ténèbre, l’image de la connaissance intellectuelle qui retourne son regard vers la création.

Cadmos

Vieux Cadmos pousse un caddie neuf
Et jeune Hélène debout cuisses nues
Partagées comme bitume

Vieux Cadmos pousse un caddie luisant comme une armure,
sur le parking du mall et jeune Hélène,
son sein moulé dans un bonnet de toile bleue, debout cuisses
nues, et un groupe de vieux desperados,
qui passent là lentement,
sous le soleil,
s’arrêtent et disent

« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »
Dans un autre monde, vieux Cadmos et jeune Hélène.
« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »
Une rangée de vieux indiens,
une brochette de vieux Mic-Macs qui chauffent leurs vieux os
au soleil d’octobre

« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »

Et vieux Cadmos se dit : « Le serpent, le rempart partout,
qui fait trembler les vitres, qui fait bouger les briques,
qui grogne et qui gronde, dont le geignement
emplit le paysage. »

Vieux Cadmos, vieux fou!

Noh (Ezra Pound 1916)

Mais la gloire du monde n’a qu’un temps. Elle vient en son temps, souffle et s’enfuit.

Ainsi pour lui.

Cherchant un endroit où vivre, il alla vers Azuma, voyageant comme un morceau de nuage. Il posa le regard sur les vagues de la mer à Ise et dolent il songea à son année de gloire : « Pourquoi les vagues, les brisants reviennent-ils ? »

Ainsi pensif il se tenait au pied d’Asama et il voyait la fumée du soir s’enrouler dans le ciel.

arbres

(Je parle de villes mais ne les nomme pas
le fracas d’orage des roues annonçait entre les hauts murs
des rues sans trottoir l’arrivée d’un véhicule
et il faisait froid encore dans l’ombre des rues même si
le ciel en haut mais il fallait lever les yeux
le ciel en haut limpide et bleu)

L’été finit, ce que je ne pensais pas revoir
de certains érables déjà les feuilles
jaunissent ou roussissent dans les quartiers ouest de la ville
devant les maisons sur certains arbres
les pointes des feuilles déjà doucement s’embrasent
je m’en vais et indifférents les arbres
comptent et mesurent et doucement s’embrasent
au moment fixé par leur calcul
chacun calculant pour son compte
le calcul de chacun
les arbres, l’un à côté de l’autre, chacun
fait son calcul les oiseaux comptent aussi et mesurent
chacun selon son espèce frémit et s’apprête ou s’élance
vers le sud, où fleurit le citron les arbres chacun selon son calcul l’oiseau de l’oeil perçoit le
frémissement de son voisin

La nuit arrive tôt, la nuit est froide
je referme les petits carrés de fenêtre que je laissais ouverts
jour et nuit la pluie est froide les
mouches reviennent mourir dans la cabane de bois qui protège mon entrée,
en haut de l’escalier. Et moi je ne sais pas calculer, il me
faut tous les indices et je ne peux me persuader que
l’été finit je sais que je m’en vais, à peine

Pâle soleil de printemps

Pâle soleil de printemps et la montagne
s’effondre envoie des pierres en
pluie tout autour de la véranda
fragments de montagne éclats de schiste
claquant
sur le toit rebondissant
sur le treillage de la véranda – pendant
ce si proche hiver
nous étions protégés par la tempête
un voile de neige était posé sur
la cage où nous nous étions enfermés
tes boucles étaient lourdes
et odorantes comme imprégnées de baume
qui dégringolaient le long
de ton visage sur le mien
ta bouche battait comme un oiseau
entre mes mains mais ton regard
ton visage sauvage tu étais l’Orient
sous le rideau de neige et sous
le lourd rideau de tes boucles
Indienne