préface (et mode d’emploi)

Ce site est le lieu du recueil de ce que son auteur a pu produire d’un peu « pris », ce qu’il appela naguère « caillot », en près de 40 ans d’exercice de l’écriture gratuite, plus ou moins assidu. Là-dessous, il y a un iceberg… ou plus exactement un réservoir de morceaux pas finis, en attente d’un coup de lime ou d’un rapiéçage, comme sous l’établi du bricoleur, qui ne jette rien parce que « ça peut toujours servir », on trouve des cartons ou des caisses pleines de toutes sortes de machins, de toutes tailles et de toutes formes, en attente d’une élection.

Les élus, au fur et à mesure, sont mis ici. Le support est sur la plate-forme de WordPress, donc techniquement un blogue. Dont le fonctionnement cependant a été passablement « arrangé ». Si l’organisation de base reste bien l’ordre chronologique inverse, les dates ne sont pas celles de la mise en ligne des morceaux mais celles de leurs élaborations initiales.

Les « tags » qui viennent s’arranger en nuages dans la marge sont moins des « sujets » que des modes d’association transversaux à l’ordre chronologique. Aussi ils sont appelés « mondes » et s’arrangent selon des cartographies virtuelles.

Les « catégories » représentent un autre mode d’organisation, fondé sur les « genres » des morceaux. L’auteur cependant ne peut s’empêcher de penser que ces genres visent tous le même objet, que ce soit par l’imagination, la mémoire, le rêve, l’effusion lyrique ou l’élaboration spéculative, un même objet qu’il ne sait désigner autrement que comme « monde », le lieu d’un désir et d’une énigme, ce pourquoi elles, les catégories, sont appelées ici « angles » (d’attaque).

Enfin les « pages » sont utilisées pour tenter des regroupements, des ensembles cohérents et fermés (l’anglais dit  »self-contained ») de la fermeture perméable, provisoire mais cependant réelle qui est celle des livres. D’où leur nom. Chacun de ces regroupements devrait à terme être offert au téléchargement comme livre numérique et ainsi pouvoir échapper au site.

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commentaire pour « L’Armée (trois récits) »

Ces récits sont anciens en un double sens. En ce qu’ils ont été composés il y a près de 35 années, soit la moitié d’une vie humaine selon Dante. Et en ce qu’ils imitent, avec plus ou moins d’adresse, le ton et les tournures de phrases de textes  venus de l’antiquité, gréco-latine d’abord, mais aussi, avec moins de familiarité, chinoise. En ce sens ce sont des exercices de lettré, mais d’un petit lettré, escholier tardif. De fait j’y reconnais, ce qui ne me sautait pas aux yeux à l’époque, le reflet des longues versions latines qui furent mes premiers véritables exercices d’écriture.

Je mets ces vieilles choses en ligne par souci d’inventaire et sans trop d’illusion sur leur intérêt pour d’autre que moi.

commentaire pour « Gabriel »

Gabriel.

C’était au début de mon séjour d’un an au Canada. J’étais arrivé le premier septembre, fin octobre j’étais installé, et là, au bout du monde, loin de l’Europe, je me suis trouvé un temps comme spectateur de ma propre vie, éloigné de ses lieux habituels (lieux peuplés, de personnes, de passions, d’enjeux, de spectateurs aussi), je me suis senti éloigné également du temps habituel, du déroulement de ma vie.

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commentaire pour “la gare dans les vignes”

la gare dans les vignes.

Ce morceau essaie de dire l’exil d’une façon en quelque sorte « déterritorialisée ». Le sentiment de l’exil est un sentiment qui m’est familier et qui à certains moments de ma vie, plutôt anciens, m’a saisi de manière poignante. Mais ici le sentiment de l’exil est éprouvé autrement que dans le déplacement de lieu (lequel est néanmoins signifié par l’impossibilité où est le narrateur de partir), il l’est dans l’amitié, dans l’amour et dans la fraternité.

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commentaire pour « manteaux »

manteaux.

Ce morceau a été écrit une minuit d’avril que les nuits étaient encore fraîches, sous le grand burnous noir ramené vingt ans auparavant du Maroc, qui m’a toujours accompagné depuis et qui me sert souvent de couverture d’appoint. Le hashish que j’avais fumé dans la soirée me faisait jouir de la position de mon corps et de la sensation du manteau sous lequel il reposait. Il m’est alors venu à l’esprit que c’était là, ce manteau sans couture, l’un des plus anciens, sinon le plus ancien, et le plus constant vêtement de l’humanité. A l’époque je n’étais encore jamais allé en Inde et je n’y avais donc pas encore découvert les merveilleux châles de Kullu ou du Cachemire, à quoi correspond mieux la description que je fais (« les couvertures les plus chaudes, les plus souples et les plus légères ») qu’à mon lourd burnous marocain.

J’ai eu un peu de scrupule à laisser Socrate assis au pied d’une église mais on comprendra, je l’espère, qu’il s’agit là d’une manière d’évoquer l’intemporalité du vêtement. D’ailleurs l’église que j’imaginais en écrivant était celle de Santo Spirito, oltr’Arno, à Florence, construite à l’époque où l’humanisme italien ressuscitait le dialogue socratique. De façon analogue, en décrivant la fuite à travers les montagnes de Médie, je pensais à la longue marche des Pieds Noirs de Chef Joseph vers la frontière canadienne. Je ne peux évidemment pas espérer éveiller les mêmes images chez le lecteur mais j’espère que l’incongruité même des précisions en évoquera de semblables tirées de son trésor de mémoire propre.