mets la quille aux brisants

la mer ainsi d’abord mets la quille aux brisants
de ce bateau noir de cette coque goudronnée
et prends l’âme au corbeau les ailes de son corps
plane sur l’océan divin la mer vineuse la boue de mort
et au loin jusqu’à l’île entre les fleuves de sang
au ciel pur avant que n’y plane la fumée des holocaustes

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Cadmos

Vieux Cadmos pousse un caddie neuf
Et jeune Hélène debout cuisses nues
Partagées comme bitume

Vieux Cadmos pousse un caddie luisant comme une armure,
sur le parking du mall et jeune Hélène,
son sein moulé dans un bonnet de toile bleue, debout cuisses
nues, et un groupe de vieux desperados,
qui passent là lentement,
sous le soleil,
s’arrêtent et disent

« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »
Dans un autre monde, vieux Cadmos et jeune Hélène.
« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »
Une rangée de vieux indiens,
une brochette de vieux Mic-Macs qui chauffent leurs vieux os
au soleil d’octobre

« Elle bouge, oui, elle bouge bien. »

Et vieux Cadmos se dit : « Le serpent, le rempart partout,
qui fait trembler les vitres, qui fait bouger les briques,
qui grogne et qui gronde, dont le geignement
emplit le paysage. »

Vieux Cadmos, vieux fou!

Noh (Ezra Pound 1916)

Mais la gloire du monde n’a qu’un temps. Elle vient en son temps, souffle et s’enfuit.

Ainsi pour lui.

Cherchant un endroit où vivre, il alla vers Azuma, voyageant comme un morceau de nuage. Il posa le regard sur les vagues de la mer à Ise et dolent il songea à son année de gloire : « Pourquoi les vagues, les brisants reviennent-ils ? »

Ainsi pensif il se tenait au pied d’Asama et il voyait la fumée du soir s’enrouler dans le ciel.