Tundla junction (6/6), épilogue

A 22:30, ma jeune protégée nous laisse pour aller tâcher de prendre le Brahmaputra Mail. Lire la suite

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Tundla junction (5/6), « Are you chinese ? »

Ce fut à ce moment-là, au moment où je commençais de noter ce qu’avait été la journée qui se finissait, que, pendant que les Japonais continuaient leur conversation, le vieil Indien se pencha vers moi et me demanda: « Are you chinese? ». Je le regardai interloqué puis en riant lui répondit: « No, I am not chinese… et neither are they, they’re japanese! ». Le vieil homme ne répondit pas à mon sourire et considéra avec l’attention indiscrète dont sont habituellement capables les Indiens. Mes éphémères compagnons, qui s’étaient arrêtés de parler et le regardaient à leur tour.

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Tundla junction (4/6), salle d’attente

J’ai plusieurs fois jeté un coup d’œil vers l’arrière où était la jeune fille japonaise. Elle était assise toute droite au milieu d’une banquette. Nous sommes nous rapprochés à la descente du bus? Avons-nous pénétré ensemble dans la gare? Les bâtiments principaux étaient de l’autre côté des voies que des passerelles métalliques enjambaient. L’ai-je aidée en portant son sac ou n’était-ce que le mien qui pesait sur mes épaules?

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bouchées

Elle me dit, en fronçant les yeux, « Ne pourrait-on manger un peu plus ? Je n’ai mangé que trois petits bols de riz et j’ai les fesses glacées. »

Et j’imagine ses fesses sous le tissu pas bien épais du kimono, telles qu’elles sont, pointées vers l’extérieur de la table.

Jusque là ce n’était que du rituel, de minuscules bouchées rituelles, et élégantes, offertes du bout des baguettes, à des couples factices, idoles ou poupées.

Je regarde avec plaisir et amusement ses lèvres s’ouvrir puis se refermer sur la bouchée rose et verte que je lui ai tendue du bout de mes baguettes.

Je pose la main sur ses fesses froides, par-dessus le tissu, je l’agrippe ainsi, par-dessous les fesses et l’amène à moi. Elle ne se défend qu’à peine et se coule sous mon bras, contre moi.

le fils de la blanchisseuse

De nombreuses années se sont passées sans que je revienne. Lorsque le nom de X. traverse mon esprit, comme en ce moment même, une image l’accompagne, un souvenir, d’enfants en uniformes noirs qui courent vers la mer, de petits garçons en uniformes noirs, en casquettes noires à visières vernies, qui descendent en courant vers la mer. Etais-je l’un d’eux ? Une course rapide et qui paraîtrait désordonnée si nous ne portions tous, grands et petits, la même veste noire à col droit, si nous ne gardions tous la même casquette vissée au crâne. Etais-je l’un de ces garçons?

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Noh (Ezra Pound 1916)

Mais la gloire du monde n’a qu’un temps. Elle vient en son temps, souffle et s’enfuit.

Ainsi pour lui.

Cherchant un endroit où vivre, il alla vers Azuma, voyageant comme un morceau de nuage. Il posa le regard sur les vagues de la mer à Ise et dolent il songea à son année de gloire : « Pourquoi les vagues, les brisants reviennent-ils ? »

Ainsi pensif il se tenait au pied d’Asama et il voyait la fumée du soir s’enrouler dans le ciel.

débâcle

LE SOLEIL diffuse à travers une couche nébuleuse uniforme et ténue. La mer était agitée mais la traversée se fit sans danger. Au matin le brouillard ne cache plus l’île sur l’horizon. La côte par ici est abrupte, falaises jaunes, on voit du pont la neige partout déposée en bandes plus ou moins larges selon l’étendue et l’inclinaison de la surface. Sur la gauche, où progressivement diminue la hauteur des falaises, de longues et basses constructions de bois clair, elles aussi finement recouvertes et soulignées de neige, suivent les courbes du terrain. Tandis qu’on s’approche le ciel s’obscurcit, bientôt noir et la neige recommence de tomber. On aperçoit quelques pins. Le navire suit à présent la côte puis s’engage dans un fjord au fond duquel il y a un port et une petite ville derrière. C’est dans cette ville qu’habite l’ami dont une lettre nous est parvenue quelques jours plus tôt, une maison sur la pointe d’une petite colline, de bois clair, sans étage, avec une galerie sur le devant où après avoir tiré la sonnette nous avons secoué à grands coups du plat de la main la neige de nos manteaux. Nous sommes chaleureusement accueillis. Le dîner nous attend. Un responsable est là. Il parle tandis que nous mangeons. Parfois mon ami l’interrompt, demande des détails, fait des remarques ou des objections, nous explique à son tour. L’autre repart après le dîner. Nous avons encore parlé jusque tard dans la nuit, peu d’autre chose que de politique, pour écarter les dernières réticences. On nous invite à rester dormir mais je réponds: “Ce n’est pas possible, on nous attend sur le bateau qui doit dès l’aube appareiller pour nous amener à la capitale.” La neige et le vent ont cessé. Nous descendons par une rue étroite jusqu’au quai. Dès l’aube le bateau appareille. Il suit la côte jusqu’au grand port de la capitale. En nous laissant le capitaine dit: “Dans soixante-dix jours mon bateau mouillera l’ancre en face du fjord.”

Au creux des montagnes, non loin de la mer, il y a un village. Quelques hommes sont dans la forge à se réchauffer. Ils ont secoué la neige de leurs manteaux, chaîne lâche et trame serrée, épais et souples. Ils parlent de la rudesse de l’hiver. Gelés en plein vol des oiseaux sont tombés sur les champs, dans la neige. L’un prétend même que c’est tout un vol de corneilles qu’il a vu ainsi tomber, il figure d’un geste l’espace du champ, plusieurs terrasses, la chute des oiseaux et répète le son mou et sec. On interroge un villageois qui revient de la capitale, il parle d’évènements inhabituels. Alors un étranger, un voyageur qui jusque là s’était tu, prend la parole. Il explique ce qui se passe, en quoi les paysans sont concernés. On l’écoute avec méfiance.

Soudain le grand froid cessa. Il pleut alors sans discontinuer, tantôt bruine, tantôt dru. Partout l’eau, pluie et neige fondue, imbibe le sol, grossit les cours d’eau. Rapidement routes et rues se couvrent de boue. J’étais dans une petite ville du centre de l’île et je déjeunais chez le responsable local du parti lorsque la radio annonça la démission du gouvernement. Conformément à mes instructions je regagnai la capitale le soir même par le train. Le désordre s’installa plus vite encore que prévu, bandes armées, soulèvements paysans et grèves inorganisées, asphyxie des villes. Bientôt j’eus l’impression que mon travail n’avait plus prise sur rien, je ne trouvais personne, adresses et renseignements étaient périmés. Les instructions reçues lors de notre séjour dans la capitale se trouvaient dépassées. Je décidai alors que nous serions, ma femme et moi, au rendez-vous du capitaine dont une quinzaine de jours nous séparaient. Nous pûmes quitter la capitale par le chemin de fer. Nous laissâmes le train quelques kilomètres avant d’arriver, la crue avait emporté un pont. Nous continuâmes à pied. Nous avons traversé des villages dévastés. Comme beaucoup d’autres, nous nous sommes retrouvés au bord de la mer. Des escaliers de bois descendent à flanc de falaise vers les embarcadères. Les barques surchargées se renversent avant d’atteindre la mer. “Nous avons le temps, dis-je, d’aller voir si les cerisiers sont en fleurs.” Habituellement on vient en foule à cette époque de l’année déjeuner sur l’herbe parmi les cerisiers fleuris. Cette année pas de déjeuner sur le pré détrempé. Malgré tout, les pas de nombreux visiteurs recouvrent de boue l’herbe de la cerisaie. En fin de matinée quelques flocons de neige sont tombés sur la cerisaie, de gros flocons pareils aux pétales de cerise.

Le Monastère (1/5), le temple

C’ETAIT au cours du dixième mois, peu après mon retour de l’île aux singes. Je montai depuis les villages de la plaine, les collines en terrasses, à travers la forêt, les hautes clairières, les bois aux sentiers encombrés. Froid de sueur et le vêtement qui claquait dans les jambes, je montai jusqu’au monastère, le temple au sommet sous le dernier soleil.

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