Squares de Paris

Dans les squares de Paris, je détournais les yeux de ma lecture pour observer les manœuvres des pigeons: les dandinements obstinés des mâles, les évitements gracieux et exaspérés des pigeonnes. C’était un petit bonheur et peu importait qu’il fût petit.

dans une messe…

Dans une messe, en deçà des prédications morales et de l’engagement des stratégies vaticanes, en deçà de la liturgie sacrificielle, il y a quelque chose comme une archéologie active. Par son rite dominical, le christianisme replonge ses fidèles dans le bain de ses origines, dans l’ambiance de sa relation inaugurale et passionnée à l’écriture juive, dépôt de l’histoire d’un peuple et de son rapport au divin. Et en cela, malgré la reconduite d’un rite sacrificiel, la cérémonie de la messe ne peut se confondre avec une cérémonie païenne: le rappel des morceaux de l’écriture juive (les Psaumes essentiellement) mais surtout le rappel obstiné des palabres, des polémiques, des circonstances, des élaborations spéculatives de ce moment de l’histoire juive où est né le christianisme, vient encadrer le sacrifice et le relativiser. Comme si ce moment restait la source vive, la raison d’être jamais dépassée du christianisme.

C’est ce qui me saisissait tandis que j’assistais à la messe, aux Abbesses, avec C.. Il y a là quelque chose d’incongru et de fragile, de baroque. Ce rapport maintenu avec un lieu lointain et un moment éloigné de l’histoire, ce retour obstiné sur ce moment et sur ce lieu[1] ne suffisent pas à justifier ce rite mais suffisent à le rendre précieux.

[1] Ce que je retiens de plus vivant des séances de catéchisme sous l’église Saint-Pierre d’Arène, ce sont des images de désert, de palmiers et de chameaux, des images comme on en trouve sur les paquets de dattes, à l’approche de Noël, et chaque dimanche la messe où je servais comme enfant de chœur ramenait l’odeur de l’encens, les parfums de l’Arabie.

la gare dans les vignes

Je les ai ramenés à la gare à travers les vignes. J’aurais voulu partir avec eux mais elle m’en a dissuadé.

Elle m’avait regardé surprise: la petite voiture blanche était garée sur la place devant la gare. Je n’avais rien à leur dire et rien eu à leur dire pendant tous ces jours que nous avions passés ensemble. Je n’avais rien à leur dire, je sentais ce manque en moi physiquement. Nous avions passé plusieurs jours ensemble et maintenant nous n’avions rien à nous dire.

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notes parisiennes (1/6), Zhuangzi

Jeudi 6 avril 1978.

Nous partons demain pour l’Italie. J’ai moins préparé ce voyage que je n’en avais d’abord eu l’intention, probablement à cause de mon habituelle panique à l’approche d’un voyage. J’amènerai Burckhardt et j’achèterai là-bas une édition de poche des Fioretti de François d’Assise.

Tout à l’heure en passant devant l’Humanité, Faubourg Poissonnière, où sont affichées les dernières éditions, j’ai lu à propos de la marée noire, dans le numéro de l’Humanité Dimanche de cette semaine : « Même les vers de sable, si nécessaires à l’équilibre biologique et dont les pêcheurs se servent comme appât, crèvent. »

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