terrasse à Udaipur

Sur la terrasse d’un hôtel et le palais brillait dans le lointain et semblait dans la nuit une gigantesque pièce de joaillerie. Soni au milieu de ses garçons, ils mélangeaient du gin et du Thumb’s up. Ils se passaient la cigarette blonde à bout filtre que l’un d’eux avait allumée. J’étais là, moi, au milieu, je mangeais lorsqu’ils ne faisaient que picorer et je buvais de la bière. Et je les regardais, hébété et ignorant, voyageur, fatigué aussi et détaché.

Je les regardais, je regardais Soni qui souriait gracieusement sous sa petite moustache, en inclinant la tête, avec ses yeux trop clairs et la longue mèche ondulée qui passait devant son front, avec sa montre en or et son bracelet. Et sa réserve aussi, son regard clair. Lorsque j’ai eu fini mon repas et ma bière, j’ai mélangé la limonade et le gin, moi aussi.

Et Khan, gracile comme Vijay, comme Soni lui-même, Khan penchait vers moi son haut front bombé et ses mèches noires et me parlait un français de pure poésie, la voix un peu empâtée par l’alcool me disait de Soni: « Il est pas à gauche, pas à droite, il est tout droit. » Ce que je comprenais de ce que voyais n’était qu’images. Soni se penchait sur l’un ou l’autre des garçons, le prenait par le cou et murmurait quelque chose à son oreille.

Soni me parlait anglais, avec un peu de distance bienveillante et presque d’ironie. Khan me parlait français, un français qu’il déroulait amoureusement et qui était une musique. Je n’avais plus entendu parler français depuis trois jours. Ce n’était, ce ne serait qu’un petit caillot de langue française, pour moi aussi.

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