commentaire pour « manteaux »

manteaux.

Ce morceau a été écrit une minuit d’avril que les nuits étaient encore fraîches, sous le grand burnous noir ramené vingt ans auparavant du Maroc, qui m’a toujours accompagné depuis et qui me sert souvent de couverture d’appoint. Le hashish que j’avais fumé dans la soirée me faisait jouir de la position de mon corps et de la sensation du manteau sous lequel il reposait. Il m’est alors venu à l’esprit que c’était là, ce manteau sans couture, l’un des plus anciens, sinon le plus ancien, et le plus constant vêtement de l’humanité. A l’époque je n’étais encore jamais allé en Inde et je n’y avais donc pas encore découvert les merveilleux châles de Kullu ou du Cachemire, à quoi correspond mieux la description que je fais (« les couvertures les plus chaudes, les plus souples et les plus légères ») qu’à mon lourd burnous marocain.

J’ai eu un peu de scrupule à laisser Socrate assis au pied d’une église mais on comprendra, je l’espère, qu’il s’agit là d’une manière d’évoquer l’intemporalité du vêtement. D’ailleurs l’église que j’imaginais en écrivant était celle de Santo Spirito, oltr’Arno, à Florence, construite à l’époque où l’humanisme italien ressuscitait le dialogue socratique. De façon analogue, en décrivant la fuite à travers les montagnes de Médie, je pensais à la longue marche des Pieds Noirs de Chef Joseph vers la frontière canadienne. Je ne peux évidemment pas espérer éveiller les mêmes images chez le lecteur mais j’espère que l’incongruité même des précisions en évoquera de semblables tirées de son trésor de mémoire propre.

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