vol

D’un instant seul, un trait de temps, quelques minutes de nuit, ce n’est pas un blason de toi que je veux faire, c’est tracer les limites et le plan et bâtir les structures, les parois d’un séjour éternel auprès de la blondeur de tes cuisses. Encercler, dessiner, délimiter, souligner les linéaments, articuler quelques instants de nuit. Car, comme le vol s’élève, le ciel devient nuit, se purifie de la blancheur qui le faisait jour.

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le passage des glaces

Il fit de plus en plus froid. J’étais comme malade et ne savais plus pourquoi j’étais sur ce bateau. Le capitaine ne disait rien de la destination, pourquoi nous allions ainsi vers le froid. J’avais comme un capuchon de brume sur la tête. Je lisais un gros livre, long et compliqué. J’avais du mal à en suivre l’intrigue. Le cuisinier me demandait combien de pages j’avais lu dans la journée et où j’en étais et il riait. Je revenais sans cesse en arrière, attention sans cesse distraite par la rêverie mais une rêverie qui ne décollait pas beaucoup du roman. Je partais sur une fausse piste, la suivais sur plusieurs dizaines de pages, jusqu’à ce que je sois tout à fait égaré. Dans une fièvre vague et toujours dans le fracas des machines. Si je montais sur le pont, c’était enveloppé dans deux grosses couvertures et même ainsi je grelottais, claquais des dents, j’étais transi. On vit d’abord quelques petits icebergs puis plus gros, de plus en plus gros et de plus en plus nombreux. Lire la suite

Les Îles (6/7), seconde île

SECONDE ÎLE. Avant, j’étais peintre. Sur une autre île, plus au sud. J’ai exercé le métier de peintre à fresque au début de mon séjour dans les îles. L’île était plus sèche et plus grande. Je n’avais été que très rapidement formé aux règles. Mes commandes venaient habituellement de maisons modestes, quelques fois de maisons riches. Lire la suite

les îles / première île / pirogue

UNE PIROGUE glisse sur l’eau opaque du canal. Un homme la pousse d’une gaffe. Elle traverse maintenant le grand bassin et se dirige vers la maison qui en occupe à gauche le fond. A l’avant, sur un banc, est posé un groupe sculpté dans un bois dur et noir: un monstre assis, de face, et deux femmes qui tiennent son membre, érigé. Leurs pieds sont cambrés et leurs chevilles fines. Le sculpteur a dû faire poser. Celle de droite est allongée sur les genoux et sur un coude, ses fesses sont écartées.

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