saumon

Ils ont des noms comme des cris d’oiseaux. Pouvons-nous savoir, nous, à quoi ressemble et quelle est la puissance particulière d’un dieu corbeau, d’un dieu à plumage noir et long bec dur? Ils passent au large dans de longs bateaux peints. L’un devant, debout sur la proue, tendu, attend le saumon. Un corps rose bondit de l’océan, se bande en arc dans le ciel, d’une cambrure il évite le passage de l’acier. « Jamais vu un saumon aussi gros ! Et ce qu’il a fait, tu as vu ce qu’il a fait ? »

Comme s’il avait fait un tour complet du javelot. Chacun a vu mais ça s’est passé très vite. Il aurait immobilisé le javelot dans le ciel et en aurait fait plusieurs fois le tour. Le ciel s’assombrit comme si une aile noire se déployait devant le soleil. Le lanceur a lancé un cri comme d’extase et les autres gémissent. Gémissent encore. Ils habitent de grandes maisons de bois sombre. Ils sculptent le bois et le peignent, le bois des masques, des poteaux et des poutres, c’est leur art, le bois des masques, masques à becs, articulés par des boyaux, qui grincent et claquent.

Les premiers voyageurs ont parlé de l’immonde puanteur des villes de ces mangeurs de poissons et de coquillages. Ceux qui vinrent ensuite, prévenus, ont trouvé l’odeur somme toute supportable. Ils se vêtent de lourds manteaux et les premiers d’entre eux portent des coiffures à longue visière.

Une aile noire se déploie devant le soleil. La nuit envahit le ciel comme l’encre dans de l’eau. Ensuite, lorsque le soleil revient, le bateau a disparu, il n’y a plus que l’océan. « Il vaut mieux ne pas moisir ici. » dit Paul.

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