ambulance

Une ambulance, le gyrophare tournoyant, traverse en silence le paysage couvert de neige.

D’abord une cave, promiscuité, beaucoup de monde, qui parle, danse, fume et boit. Une lumière rougeâtre, qui n’éclaire que des morceaux de silhouettes et des surfaces de visages. Des lèvres qui bougent mais dont on n’entend rien : toutes les voix se fondent en une rumeur couverte par le battement des basses. Des bouteilles de vin rouge. Les visages se rapprochent, les regards se froncent, s’égarent à nouveau sur les danseurs. S’écarte, porte à sa bouche le verre. Des lèvres rient, une main se pose sur une épaule, rient à nouveau. Dans un coin de la cave, deux hommes parlent, depuis longtemps, ils n’ont fait que ça. Ou plutôt l’un des deux hommes parle, l’autre écoute et n’ouvre la bouche que pour relancer ou orienter la parole de celui qui lui fait face. Et celui-là maintenant fait un grand signe de tête, que oui. Et l’autre pose encore une question. Hésitation et puis un nouveau signe de tête, plus discret, avec une moue souriante.

Les deux hommes se lèvent, traversent la pièce, le groupe des danseurs, vers le coin opposé de la cave où un escalier en colimaçon est l’issue de la cave.

Au-dessus de la cave une maison moderne dans un petit jardin, au milieu d’un quartier résidentiel aux maisons égrenées parmi des jardins pour lors noyés de blanches ténèbres.

Le pays tout entier est sous la neige, les ondes des collines sont des ondes de neige, l’estuaire drague des morceaux de banquise et les forêts sont colmatées de blancheur et de silence. Au-dessus de cette blancheur le ciel est noir, sans lune et parsemé d’étoiles. Des guirlandes rouges et jaunes clignotent au-dessus des rues du centre de la ville, un grand sapin a été dressé en-haut de l’avenue principale, près du chemin de fer, entre l’évêché et le collège. Des hommes et des femmes sortent d’un établissement du centre ville environnés d’une grosse bouffée de musique, de bruit et de chaleur. Ils trébuchent dans la neige des trottoirs. Un peu plus loin une vitrine jette une lumière jaune sous les façades, elle avale le petit groupe avec ses rires et ses éclats de voix. Une automobile roule lentement dans les traces noires. Les routes sont à peine dégagées. Entre les champs.

Dans les villages, aux carrefours des routes, les fenêtres se sont peu à peu éteintes. Quelques-unes unes, rares, isolées, continuent de lancer leur lumière jaune dans la nuit bleue.

C’est à présent nuit close, quatre ou cinq heures du matin, les guirlandes clignotent au-dessus de rues vides, la vitrine est éteinte. Une ambulance, le gyrophare tournoyant, traverse en silence le paysage.

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