une vallée

Comme un sac placentaire ou comme un poumon la vallée est accrochée au village qui en surveille la bouche. Mais toute la vallée dans un cristal, prise dans l’air de ses crêtes, toute la vallée est dans une limite précise et idéale. Et plusieurs de ces villages qui dominent, de formes nettes, les routes, ils ont auprès d’eux la respiration et le monde. Le cercle du jugement, le profond comme le clair. Et l’idée est le regard de l’unique, l’enthousiasme saint.

L’obscur et la lumière une fois encore se composent, où l’air est comme une gelée traversée d’or, dessinée d’or fin, et les branches arrêtées.

Mais chaque divine bête, chaque vie miraculeuse, chaque monstre qui tremble ici, chaque divine bête, la grande au souffle rauque et dont le dos se plisse d’une volonté de routes tendues, un regard est au-dessus d’elle qui la pèse. Ainsi devant mes pieds des trous d’ombre s’ouvrent, des voies impossibles, et même si de loin la nuit régit ma course, la journée d’automne est comme une journée de printemps. Parce que l’hiver s’annonce comme un pardon et que ce n’est plus la mort mais la vue seule.

Ces chemins sont mes bronches et mes pieds sont mes yeux, le ciel tout entier est mon œil et le soleil ma pupille. Moi, l’arpenteur, ai sur le dos un chevalet mental, mon gnomon, mon moyen de transport. Cette seule journée a la figure d’une vie entière.

J’ai rêvé cette nuit de la montagne comme d’un palais immense à forme de montagne, tout entouré de néant et de nuit. Quoi, dans ce rêve, refuse et s’acharne? Chaque rocher une chambre, chaque falaise une salle et chaque pierre un degré. Étagées sur la pente, aveugles et têtues, complètes et bornées, combien de vies?

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