Le Pailler de Lacan (1/4), translation

Un compartiment, avec une porte qui coulisse et qui se verrouille. J’ai assez perdu conscience pour que me soit sorti de l’esprit l’enchaînement des évènements qui ont amené mon corps où il est: allongé presque nu dans une sorte de linceul: un sac de drap pour l’isoler de la banquette dure de moleskine où il repose. Je ne suis pas tout à fait allongé: le buste relevé sur les coudes, la nuque sur de l’acier chromé. Dans le sac mes jambes sont gluantes de sueur. Le plafond peint blanc sale ou crème est voûté comme celui d’un caveau. Au milieu une lampe à peine bombée, un peu semblable à un hublot, donne à ce cube une lumière bleue – un peu verte. Je l’observe encore: exactement un bleu où il y aurait un peu, très peu, d’orange. Une lumière pauvre. Mais dessous moi, qui suis tout près de la lampe, deux corps semblablement allongés sur deux banquettes de moleskine verte, eux dans un rectangle d’ombre. Et symétriquement, à la distance d’un bras, trois autres corps. Six corps donc, allongés, deux fois trois. Du côté de nos pieds et du côté de nos têtes des vitres rectangulaires par où regarder dans le compartiment, des rideaux sont tirés devant. Sur la banquette symétrique à celle où je repose, à la distance d’un bras, est allongée une femme qui sans bouger, les jambes un peu repliées et appuyée sur un coude, lit dans un livre, sous cette lumière bleue. Une robe, bleue aussi, ample et mi-longue qui laisse découverts ses mollets et un genou. Sur son côté est couché un chat siamois, sans mouvement lui non plus mais éveillé, la tête droite, les yeux ouverts, bleus.

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