Polyandrion

Elle chantonnait, j’en fus surpris, assise sur un tronçon de colonne au milieu des ruines, le front un peu penché, elle chantonnait quelque chose que je ne connaissais pas et dont je ne pus entendre les paroles, étant encore trop éloigné. Je ne voulus pas l’interrompre, je m’arrêtai et m’assis moi-même sur une pierre détachée d’un de ces monuments qui nous entouraient, non pas un morceau de colonne mais une grosse pierre carrée qui portait quelques inscriptions. La fente sur le côté de sa robe s’ouvrait sur son mollet nu et sur un pied que ne dissimulait pas sa sandale. Plus haut le côté de sa fesse et le début de la cuisse qui la continuait tendaient le tissu dont les plis brouillaient la forme du gras de la cuisse.

Une boucle détachée de sa chevelure caressait sa joue et j’imaginai sa bouche, entrouverte, un peu humide, ses lèvres luisantes d’un peu de salive dont un bout pointu de langue venait de les humecter bouger un peu au rythme de la chanson qu’elle fredonnait à mi-voix. Une longue mèche bouclée de sa chevelure blonde, d’un blond naturellement tirant sur le roux, tout à fait rousse tout à coup lorsqu’une brèche dans les nuages laisse passer pour quelques secondes un rayon du soleil couchant jusqu’ici, sur cette plage de sable gris. Qui lui a fait lever les yeux, et elle a cessé de chanter, a relevé son buste et sa poitrine a poussé le tissu de sa robe, ses reins se sont creusés, son dos cambré.

Elle ne ressemble à aucune autre femme. Sa peau de lait et de roses, sa bouche blessure, comme une gouttelette de sang tombée d’une fraiche piqure d’épine sur une jatte de crème, sa peau de crème et de sang mais qu’un hâle imperceptible a couvert d’un voile d’or,  »sottile », pour en protéger la nudité. Et ses yeux noisettes, tendres, pâles, un peu petits, comme par délicatesse, que je n’ai pas encore vu s’agrandir dans l’orgasme…

Lorsque j’ai été près d’elle, derrière son épaule, elle a tourné vers moi son beau visage où se formait un sourire, sans montrer de surprise, comme si elle m’avait su approcher, m’avait entendu mais rien pourtant, aucun tressaillement sur son dos, dont je n’avais pas détourné mon regard depuis le moment où je m’étais levé de la pierre, aucun changement, aucune inflexion ne me l’avait indiqué et j’étais persuadé d’être arrivé derrière elle tout inattendu, inapprehendé, à me demander s’il ne convenait pas de me signaler pour ne pas l’effrayer, si persuadé que lorsqu’elle tourna son visage de mon côté, c’est moi qui éprouvai une frayeur surprise pour une demi-seconde. Et mes yeux vinrent se réfugier dans son sourire comme fait un enfant effrayé dans les bras de sa mère.

Polyandrion, by Anonymous [Public domain], via Wikimedia Commons"

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