Les Américains

Depuis trois jours il fait froid mais je ne m’y habitue pas. Je sors sans rajouter de pull-over sous mon blouson et je grelotte toute la journée. Les autres passent devant la maison et me crient: « Les Américains arrivent…! », j’attrape mon blouson et je sors en courant. Maman crie derrière moi: « Tu as pris une écharpe? », « Oui, oui. » je crie sans avoir l’impression de mentir et plus tard dans la journée je regrette de ne pas lui avoir obéi. Les vieux regardent le ciel et disent que c’est un ciel de neige. Mais non, je ne regrette rien, je n’y pense pas, je serre les mâchoires et j’enfonce mes poings dans les poches du blouson. La moto s’arrête. Robert, il a dit en riant: « Appelez-moi Bob! ». En riant mais plus tard on l’a tous appelé Bob. Robert revient de Limoges où les Américains sont depuis une semaine et il raconte:

« Ils ont des camions qu’ils doivent faire passer d’un bout du camp à l’autre, il y a plusieurs dizaines de mètres entre les deux et il n’y a que deux types pour bouger les camions. Et bien, au lieu de passer la journée à bouger les camions un par un, ou deux par deux, et puis revenir à chaque fois à pied vers les camions restants, un des deux types se met où les camions doivent être garés, l’autre d’où ils doivent être bougés. Il met en route le moteur et puis après que le camion a commencé à avancer, il bloque l’accélérateur avec un quéron et saute du camion. À l’autre bout, son collègue saute dans le camion lorsqu’il arrive, bouge le quéron, va garer le camion et revient attendre le prochain. Ils font ça comme un jeu, en riant, avec adresse et virtuosité, et sans crainte, sans hésitation, des gros camions qui coûtent un paquet d’argent. Il ne leur a pas fallu la matinée pour bouger une vingtaine de camions. Et puis sans cesser de mâcher leurs gommes. Comme j’avais regardé le travail pas mal ébahi, les yeux ronds et la bouche ouverte, celui proche duquel j’étais m’en a lancé un boîte par-dessus la clôture en rigolant. »

Et il nous a montré la petite boîte jaune et rouge. On a voulu qu’il nous en donne mais il a refusé, il a dit qu’il voulait les montrer à la maison, qu’on n’avait qu’à aller à Limoges, au camp américain, qu’ils nous en donneraient sûrement.

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Une réflexion sur “Les Américains

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