Cimiez

Des nuées d’enfants sous les oliviers. Brume d’été qui monte de la mer déjà. L’odeur de l’herbe. Sifflets. Les voix, cris d’enfants en nuées aussi. Et les travaux de l’autre côté du parc font un bruit de port.

Fillette passe, repasse plus proche. S’arrête à ma gauche et, les yeux en amandes, se décide : « Monsieur ?…

– Oui.
– Vous n’auriez pas vu un clochard ? »

Voyelles étirées. Elle répète :

– Vous n’auriez pas vu un clochard ? »

Je répond : « Non, pas ici. » Mais une autre, plus lointaine : « Monsieur ?

– Mmh ?
– Comment vous vous appelez ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Comme ça. Comment vous vous appelez ?
– Michel.
– Ah. Merci. »

Et elle repart en sautillant.

Mais presque toutes qui passent dans l’allée, le long du banc où je suis assis, me regardent en coin et se retournent pour me regarder encore, de plus loin. Les garçons aussi mais moins souvent. Intrigués par ce que j’écris.

En fin de compte, c’est toute un essaim qui s’aggroupe autour de mon banc. Qui m’interroge. Et se mettent à me raconter des histoires de vagabonds, de couteaux, d’indices, d’étranglement. La fillette qui m’a la première adressé la parole prétend avoir été étranglée l’année dernière.

Jusqu’à ce qu’une dame vienne les écarter.

Il serait temps, je me dis, que je me fasse couper cheveux et barbe si je veux pouvoir revenir ici sans être un objet de scandale pour ces petits.

Et au moment où je quitte le parc, la première fillette me dit : « Au revoir, Monsieur. »

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