Gabriel (1989)

À son premier réveil Gabriel sut que le ciel était couvert. L’obscurité était profonde dans la chambre. Sa compagne dormait lourdement, couchée sur le ventre.

L’air était tiède, doux, silencieux. Il se leva, enfila rapidement les jeans et le pull-over à col roulé qu’il portait la veille et sortit de la chambre.

La grande pièce aussi était remplie d’ombre, d’une ombre qui semblait sourdre du bois sombre des murs et ses fenêtres étaient ouvertes sur le gris du ciel. Ça sentait le café. Le silence de ce ciel habitait l’espace de la maison et Gabriel se sentait le seul éveillé mais Madeleine était assise là, dans le fauteuil à bascule, les mains croisées sur son gros ventre.

Ils échangèrent le bonjour sans élever la voix. Clément dort encore? demanda Gabriel. Oh non, répondit-elle, il est parti à l’école. Je n’ai rien entendu. Il y a du café, tu vas le trouver trop léger. Gabriel s’en versa dans une timbale qu’il avait prise sur l’évier. Non, il est parfait comme ça. Je ne vous ai pas entendus. Pleuvrait-il ? Ce serait une pluie muette et régulière.

Il est tard? Non, Clément vient de partir. Tu ne dors pas. Non, j’avais envie de … je croyais qu’il était plus tard. Gabriel s’était assis à table, avait posé sa tasse de café devant lui et couvrait de beurre une tranche de gros pain. Il y avait de la confiture mais il n’en voulait pas et elle ne s’occupait plus de son déjeuner. Il mangea en silence et elle continuait à se balancer imperceptiblement comme lorsqu’il était sorti de la chambre. La porte de l’autre chambre était ouverte au bout de son regard et il voyait le lit vide et ouvert à peine émergé de la noirceur.

Il sortirait sur le porche fumer une cigarette en finissant le café.

Les feuillages étaient immobiles dans le jour sombre. La pluie tomberait verticale; ne mouillerait pas les vitres des fenêtres.

Il aurait voulu lui parler mais il ne savait pas quoi lui dire. Ils avait rarement été ensemble seuls, hors la présence de Clément ou d’Élisabeth.

Ils parlèrent du temps. Il aurait voulu parler de son ventre.

Ils étaient arrivés l’avant-veille dans la nuit. Clément avait veillé seul pour les attendre et s’était couché aussitôt après qu’ils furent installés. Aussi ils ne se retrouvèrent vraiment que le soir, lorsque Clément fut rentré de l’école. Comme ils avaient beaucoup à se dire la soirée se prolongea très tard et ils ne se couchèrent qu’après deux heures du matin.

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