Biss 2.2.

Elle me demande comment je le sais, je ne peux pas lui raconter que je l’ai entendu le raconter au bordel, alors je lui dis que je suis un biss. Elle demande: « Quoi? ». Je réponds: « Un biss, un chat. Certaines nuits je me transforme en chat. » Elle rit: « Ça n’existe pas. » Mais moi, je proteste, et je suis sincère. Je sais que ce sont des contes de nourrice mais lorsqu’Ismahan, la bonne qui nous gardait quand ma mère était sortie, nous racontait des histoires d’homme ou de femme-chats, j’y croyais. Ce n’était que d’elle, à Alexandrie, que j’avais entendue de telles histoires et lorsque j’en avais parlé à ma mère, elle s’était moquée de moi et j’avais eu honte, j’en avais voulu à ma mère.

J’aurais pu en vouloir à Ismahan mais j’en ai voulu à ma mère.

Ismahan avait 13 ou 14 ans et moi, j’en avais cinq. Elle n’était pas grasse et elle avait des petits seins, ses yeux étaient clairs, noisette, je me souviens de son odeur. Je me cachais sous ses jupes et m’accrochais à ses cuisses. Elle nous racontait des histoires d’hommes-chats, de fantômes et de génies, elle répondait patiemment et d’un ton docte à nos questions, elle nous parlait aussi de sa religion et nous avions des disputes théologiques. Et lorsque je la faisais rire, elle finissait toujours par poser un baiser sur mon front ou sur ma bouche.

A Alexandrie, ce n’était que d’elle que j’avais entendu de telles histoires mais ici, dans les quartiers arabes, tout le monde y croit.

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