L’Armée (6/10) 2ème récit (2/5), les rois

Chacune des armées est commandée par deux rois. De ce côté-ci l’un des rois a la ville pour capitale, l’autre est son cousin. Tous deux ont chaussé des bottes et sont à cheval au milieu de leurs troupes. De l’autre côté seul l’un des rois est à cheval. L’autre préfère rester dans le camp, sous une tente de soie, en compagnie des femmes qu’il a fait venir avec lui. Il ne se déplace qu’en litière et passe son temps à boire et à écouter les chanteuses. Son allié vient le voir et dit: « Voilà une semaine que nos étendards se font face de part et d’autre du fleuve. Les provisions diminuent et les volontés s’amollissent. Nos ennemis sont chez eux, ils se moquent de nous. Il nous faut franchir le fleuve et attaquer. » L’autre lui répond: « Je n’ai aucun talent guerrier et je m’en remets à vous. Cependant ce qu’il me semble, c’est que si nous les laissons nous attendre au bord du gué, il est à craindre que beaucoup des nôtres tomberont avant de prendre pied. Voici ce que je propose: après trois jours ce sera la nouvelle lune. Constituez une troupe des meilleurs cavaliers, prenez les meilleurs chevaux et munissez chaque cavalier de deux chevaux. Il y a un gué à une dizaine de lieues en amont. Qu’ils le passent dans le secret de la nuit, qu’aussitôt ils poussent leurs chevaux au galop de sorte qu’au point du jour ils se trouvent près du camp ennemi, qu’alors ils changent de cheval. Qu’à la faveur de la surprise ils pénètrent dans le camp et que semant le désordre mais sans se disperser ils gagnent la tête du gué. De notre côté pendant la nuit nous ferons de grands feux au bord du fleuve et beaucoup de musique. Nos troupes seront retirées dans les tentes et reposeront. Ainsi nous endormirons leur méfiance. Avant l’aube, sans trompette, les soldats seront réveillés et préparés à la bataille. Dès que nous verrons que les nôtres ont pris position sur le gué, nous passerons le fleuve. Ainsi nous n’aurons pas à nous battre dans l’eau et nous anéantirons l’ennemi. » L’autre acquiesce à ce plan. Il fait venir dans sa tente son lieutenant de cavalerie, le plus cher de ses compagnons. S’il est quelqu’un pour mener à bien cette entreprise, c’est lui. Il lui expose le plan et lui dit: « Vois combien d’hommes sont nécessaires et prépare-les. » L’autre lui dit: « Ce plan est bon. Je me mettrai moi-même à la tête de la troupe. »

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