L’Armée (9/10), 2ème récit (5/5), la joueuse de cithare

Le roi est dans la pièce d’en haut. L’ennemi a pénétré dans la ville, il est sous les murs du parc. Le roi n’espère plus de secours de son cousin. Il a fait décapiter ses femmes pour qu’elles ne tombent pas vives aux mains des ennemis. La joueuse de cithare est avec lui et il lui a demandé de chanter. Au-dessus de la ville s’élèvent des colonnes de fumée noire. Le roi pleure sans sanglot. Il était présent lorsque sont tombées les têtes de ses épouses. Certaines étaient résignées, d’autres criaient et se débattaient. La reine s’est empoisonnée avant. Le roi s’allonge sur le lit, les rideaux ouverts. Il songe à son destin, si proche de la fin. Il regarde la joueuse de cithare: en chantant elle garde les yeux sur l’instrument, les sourcils levés lorsqu’elle ouvre un peu plus grand la bouche. Quand il se réveille elle est endormie sur la cithare. Il la pousse du pied: « Va à la fenêtre et dis-moi ce que tu vois. » C’est l’aube. Le parc reste silencieux, on voit des hommes courir entre les arbres, vers le palais. Elle a peur. Le roi la considère, debout dans l’ouverture du mur. N’est-elle pas plus belle que n’était la plus belle de ses épouses? Comment a-t-il pu la voir si longtemps sans la remarquer? Il songe à la faire décapiter aussi mais il pense que ça n’a pas d’importance.

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