Les Autels d’Alexandre (6/6), convalescence (2/2), kiosque

Derrière la maison il y a des jardins. Sur sa plus grande étendu le parc est planté de palmiers, avec des bosquets d’autres essences. Une pièce d’eau devant la maison, à gauche de l’allée. De l’herbe rase, des buissons par places. Lauriers, acacias, épines.

Nemo est installé dans un bungalow construit dans une partie reculée du parc, dans l’augment rectangulaire. Fluski héberge deux historiens français qu’il présentera à Nemo.

F. est spécialiste de l’Orient ancien. Il est chez Fluski, son beau-frère, il a épousé une sœur de Fluski, en vacances. F. est maigre, de taille moyenne. Ses cheveux sont coupés ras. Il se tient droit et lorsqu’il parle scande avec les bras. Il explique à Nemo les langues et l’histoire, ce qu’il sait de la ville. Le mur, dit-il, pourrait être le reste d’une enceinte du troisième millénaire avant. Des fresques remarquables, une silhouette de taureau, dans lesquelles les portes ont été brutalement découpées. Nemo lui rapporte les paroles de D.

D. a laissé sa femme en Europe. Il est ancien élève de l’École Française d’Athènes. Il est plutôt petit. Porte une barbe noire et parle les yeux fixés à terre. Il cherchait, avait-il dit, les douze autels de pierre carrés qu’Alexandre fit édifier lorsqu’il dut renoncer à poursuivre vers l’est.

Ce n’est pas sérieux, dit F., ces autels ont disparu depuis longtemps.

La bande de terrain, entre le fleuve et la route, en face du parc, appartient aussi à Fluski. Y est installé un kiosque. Souvent Nemo y va. Il sort du parc par une petite porte non loin de son bungalow et traverse la route. Il porte du vin, de quoi fumer, quelque fois à manger ou un livre. Il passe l’après-midi, regarde la ville, le palais sur le fleuve. Ou les servantes qui viennent laver le linge. Quelques nuits il a dormi là. Des coussins rendent l’endroit confortable, des panneaux mobiles permettent de fermer les côtés, il laisse ouvert celui vers le fleuve.

Tous les matins une servante apportait une bouteille de Bordeaux. Un domestique indigène restait au bungalow en permanence. La servante l’aidait pendant la journée et repartait le soir.

Certains soirs Fluski venait dîner avec les deux historiens sous la véranda. On adjoignait dans ces occasions un cuisinier aux deux domestiques. Lorsqu’il éprouva le goût et la connaissance que D. avait du vin, Fluski se prit pour lui de sympathie et le pria de rester aussi longtemps qu’il lui plairait.

Nemo ne buvait pas tout le vin que lui envoyait Fluski. La servante remmenait les bouteilles inentamées. C’est un après-midi après que Nemo et lui eurent bu que D. parla si bizarrement des autels d’Alexandre. Nemo avait cru jusque là que D. suivait un chantier de fouilles, pour l’instant fermé à cause de la révolte.

Il y avait dans le bungalow une bibliothèque, comme dans la maison: à l’extrémité de l’aile gauche, deux grandes portes-fenêtres derrière la colonnade.

Le 29 septembre, au début de l’automne, Nemo est parti avec D. vers les autels d’Alexandre. Ils ont suivi la route vers le nord-est. Au sortir de la ville, au bord de la route, on avait crucifié des mutins et des paysans par centaines. Plus en amont des milliers d’hommes construisaient un barrage. La caravane a longtemps cheminé dans la forêt, entre neige et sable.

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